Angers SCO se dirige lentement vers la Ligue 2
Pour Saïd Chabane, son président démissionnaire, la fin de la saison pourrait être plus difficile que les performances diaboliques sur le terrain que son club a produites cette saison en première division française. En juin, il sera jugé pour agression sexuelle. Une récente enquête de So Foot sur le club a révélé un climat de paranoïa perpétré par Chabane. C’est une histoire de suspicion, d’espionnage et d’intimidation.
Note : toutes les citations de cet article proviennent du travail d’enquête accompli par l’équipe de So Foot – Get French Football News n’assume aucune responsabilité quant à l’authenticité du contenu.
Le début de la présidence de Chabane
Il convient de souligner que personne n’avait vraiment envisagé que Chabane deviendrait le président d’un club de football. En 2011, il n’était qu’un actionnaire parmi d’autres dans la structure du capital du SCO – un club qui était alors en déclin. Le président de l’époque, Willy Bernard, était alors accusé d’abus de confiance. En mai 2011, quelques semaines avant son procès pour diverses infractions financières qui lui ont finalement valu une peine de prison avec sursis de deux ans, il s’est offert un dernier sursaut d’orgueil et a organisé son mariage à Marrakech. En marge de la réception, il a convoqué quelques entrepreneurs et actionnaires, dont Bertrand Baudaire, le PDG des restaurants La Boucherie, qui était pressenti pour prendre les clés du club. Un invité discret assistait à cette réunion improvisée : Saïd Chabane.
Il avait alors 46 ans et dirigeait le groupe industriel de charcuterie Cosnelle, basé à La Ferté-Bernard, dans la Sarthe. Présent au mariage en tant qu’ami de Willy Bernard, Chabane a participé à toutes les discussions sur l’avenir du SCO. Il s’est intéressé de plus en plus au club, a assisté à des entraînements et a même voyage pour regarder l’équipe jouer, comme le 9 septembre 2011, lorsque Angers est allé à Monaco pour la sixième journée de la saison de Ligue 2 et a remporté un match 3-1 au Stade Louis II.
« C’est là qu’il tombe amoureux de tout cela. La lumière, l’atmosphère, il est ébloui », a noté Anthony Tondut, ancien médecin d’Angers, lors d’une procédure légale récente. Le 24 novembre, il formalise sa prise de contrôle de 60 % du capital, s’installe en tant que président et promet une gestion ferme lors de sa première conférence de presse, déclarant : « Dans mon groupe, il n’y a qu’une chose que je ne contrôle pas et c’est l’achat de papier toilette. »
Une présidence en mode de contrôle
Comme promis, Saïd Chabane commence de manière méticuleuse. « Quand il a commencé, il était omniprésent. Il vérifiait tout. Les factures de pharmacie, les factures pour acheter des surligneurs pour les secrétaires. Il fallait qu’il signe tout », se souvient un employé.
En devenant président d’Angers, Chabane n’avait aucune expérience préalable en football, à part une passion pour une équipe appelée Le Mans Union Club, qui a fini par être placée en liquidation judiciaire obligatoire et relégué en Division d’Honneur en 2013. Au cours de ses premières années à la tête du club, il observe, laisse le personnel clé en place et tente d’apprendre comment fonctionne un club de football.
Une faiblesse au sein du club a sauté aux yeux : l’infrastructure délabrée. Construit en 1989, le centre d’entraînement de La Baumette n’était pas digne d’un club de Ligue 2. Dans les douches, l’eau chaude était intermittente et les bureaux n’avaient pas de chauffage. Saïd Chabane et son directeur général, Olivier Pickeu, ont visité le Domaine de Luchin – le centre d’entraînement de Lille – et ont décidé de tenter de le reproduire à Angers. Ils ont conçu un circuit de fonctionnement identique, avec un vestiaire disposé de la même manière, des casiers similaires et une salle de poids similaire. Le centre d’entraînement a été inauguré en février 2014. L’équipe était encore en Ligue 2, mais ce complexe d’entraînement constituait une première grande victoire pour le président Chabane.
Le mode de contrôle se durcit
Suivant cette scène, Chabane a tenté de s’installer en tant qu’Å“il omniprésent à Angers. Derrière la porte d’entrée du centre d’entraînement se trouvent deux pylônes avec des caméras de surveillance au sommet. L’un, à gauche, qui filme l’entrée des vestiaires et le terrain d’entraînement principal. L’autre, en face, capture le moindre mouvement vers ce que tout le monde au club appelle « la fosse », à savoir un terrain synthétique. Plusieurs anciens employés affirment que Saïd Chabane leur a montré la vidéo de ces caméras qu’il regarde sur son propre smartphone.
« C’est son grand jeu, il me l’a montré plusieurs fois. Il est sur son téléphone et il regarde ce qui se passe sur le terrain d’entraînement, il suit les joueurs, il voit les voitures. C’est : « Je veux tout contrôler, je veux tout voir », a déclaré à So Foot un ancien employé.
Le siège social de l’entreprise Cosnelle et les locaux de l’Angers SCO sont séparés de 140 kilomètres. Saïd Chabane n’était présent qu’un ou deux jours par semaine à Angers, le reste du temps il observait le club à distance pour faire savoir que rien ne lui échappait. Un ancien employé a rappelé avoir reçu un message texte du président lui demandant ce qu’il faisait à La Baumette un dimanche à 13h00.
Un autre jour, après l’entraînement, une partie du personnel a décidé de faire un petit match sur un terrain. Au coup de sifflet final, les téléphones de tout le monde ont explosé – c’était le président. « Dès que nous avons fini, il nous appelle : « Les gars, ce n’est pas une fête ici. Vous n’êtes pas là pour jouer au football, sinon je vous facturerai le (l’utilisation) du terrain », se souvient une source. Dans un reportage diffusé en 2011 sur France 3 Pays de la Loire, Saïd Chabane a été interviewé sur les lieux de son entreprise de charcuterie. Sur son bureau, en arrière-plan, se trouvait un écran qui diffusait en direct une vingtaine de caméras de surveillance. Il semble en avoir une passion.
Dans les locaux de l’Angers SCO, son bureau s’ouvrait sur de larges baies vitrées donnant sur les pelouses. Des canapés en cuir meublaient la pièce et, dans un coin, il y avait un mini-réfrigérateur installé dans lequel étaient empilées des bouteilles de champagne Ruinart Blanc de Blancs. On a rapporté à So Foot que lorsqu’un employé entrait dans la pièce pour une discussion qui devait être animée ou controversée, Saïd Chabane fermait la porte et mettait le téléphone de la personne qu’il rencontrait dans un réfrigérateur ou une armoire afin de se protéger des enregistrements secrets. La méfiance allait parfois plus loin que cela. « Nous nous demandions s’il n’y avait pas des micros dans les plafonds », se demande un ancien membre du personnel.
Les conversations tenues dans une pièce, avec un comité restreint de personnes, étaient souvent répétées mot pour mot par le président. Les anciens membres du personnel disent avoir eu des discussions dans le vestiaire, une petite bulle entre la sortie du bâtiment de la première équipe et les terrains, « parce qu’ils craignaient les micros », affirme un ancien employé. Ce sentiment de méfiance générale a augmenté année après année. Stéphane Garson, président des 100…




Laisser un commentaire